La révolution de 1968 a transformé l’Amérique latine

Par Raúl Zibechi, mercredi 25 juillet 2018, mis en ligne par Dial

La période de 1968 a été charnière aussi en Amérique latine. Avec ce texte et dans quelques autres à venir, DIAL « commémore » les 50 ans de 1968… Texte de l’Uruguayen Raúl Zibechi publié sur le site de Sputnik Mundo le 5 mai 2018.


Il suffit de regarder sous la ligne de flottaison, en examinant à la loupe ce qu’était alors la vie quotidienne, pour comprendre les profonds changements provoqués dans la région par les événements survenus autour de 1968, qui articulent un cycle de luttes sociales aux profondes répercussions politiques.

Une liste des nouvelles organisations sociales surgies durant ces années-là surprendrait même les personnes alors impliquées. C’est l’époque où se mobilisèrent non seulement les peuples autochtones et afro-américains, mais aussi les paysans et les étudiants, les syndicats ouvriers et les guérillas qui suivirent le chemin tracé par Che Guevara, tombé au combat en octobre 1967 en Bolivie. Pour lui rendre hommage, Cuba déclara 1968 « année du guérillero héroïque ».

Parmi les grandes actions populaires, l’imaginaire collectif a retenu en premier lieu le massacre de la Place des trois cultures, le 2 octobre à Mexico, qui mit fin aux manifestations étudiantes massives dirigées contre le régime qui assassina des centaines de jeunes pour les empêcher de perturber la tenue des jeux Olympiques, inaugurés quelques jours après le massacre de Tlatelolco [1].

Du point de vue ouvrier, l’action la plus importante survient trois mois après la fin de l’année, en mars 1969, lorsqu’environ 40 000 travailleurs de l’automobile de la ville de Córdoba (Argentine) défièrent dans la rue le régime militaire de Juan Carlos Onganía. Soutenus par les étudiants, les ouvriers occupèrent le centre-ville le 29 mars, firent se replier la police, à court de gaz lacrymogènes, attaquèrent des commissariats, occupèrent des édifices publics et affrontèrent les troupes auxquelles le gouverneur dut faire appel pour rétablir l’ordre [2]. Continuer la lecture

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COLOMBIE – Qui a trahi le camp de la paix ?

Par Maurice Lemoine, mercredi 25 juillet 2018, mis en ligne par Dial

Maurice Lemoine, fin connaisseur de la Colombie et du Venezuela, a été journaliste au Monde diplomatique au sein duquel il a aussi occupé la fonction de rédacteur en chef. Dans cet article publié sur le site Mémoire des luttes le 25 juin 2018, il analyse les causes et les conséquences potentielles de la victoire d’Iván Duque au second tour des élections présidentielles colombiennes, le 17 juin 2018.

Comme cela est encore proche, comme cela semble déjà loin… Le 15 juin 2014, au terme du second tour de l’élection présidentielle, Juan Manuel Santos était réélu avec 50,94 % des suffrages grâce à une alliance de Colombiens qui, dépassant leurs divergences idéologiques parfois profondes et les clivages politiques traditionnels, entendaient préserver la poursuite des négociations alors en cours à La Havane entre le pouvoir et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Lors du premier tour, le 25 mai, Oscar Iván Zuluaga, homme lige de l’ex-président d’extrême droite désormais sénateur Álvaro Uribe l’avait emporté avec 29,26 % des voix, le président sortant n’en recueillant que 25,68 %.

Dès avant ce premier tour, causant la stupéfaction, le maire de centre gauche de Bogotá, Gustavo Petro, pourtant durement malmené par Santos lors d’une ubuesque tentative de destitution « pour erreur administrative », avait fait prévaloir l’intérêt général et s’était rallié au chef de l’État [1]. La réaction d’Uribe, violemment opposé à toute sortie non guerrière du conflit armé et viscéralement hostile au Venezuela voisin, ne s’était pas fait attendre : « L’alliance Santos-Petro est le chemin du castro-chavisme, s’emporta-t-il le 12 mai. Nous, comme l’a dit Oscar Iván Zuluaga, nous proposons un pays solidaire, contraire au castro-chavisme de Santos, Petro, Maduro et des FARC. » Sans finalement parvenir à réunir une majorité autour de ses noirs desseins. Le ralliement initial de Petro auquel s’ajouta, entre les deux tours, l’apport des secteurs populaires défenseurs d’une « paix avec justice sociale » permirent la victoire du candidat pourtant néolibéral, mais « porteur de paix ». Continuer la lecture

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CUBA – Changer de président pour ne rien changer ?

Par Mathias Rull, AlterInfos, mardi 17 juillet 2018,
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Source : http://dial-infos.org/spip.php?article8274

« Assurer la continuité de la révolution ». Sitôt élu à la tête de l’État cubain, le 19 avril 2018, Miguel Díaz-Canel a affirmé sans détour que tel était son mandat. Le lendemain, Raúl Castro s’exprima en des termes très semblables. L’ensemble de l’intervention de celui qui passait la main après douze ans de présidence reflétait clairement cette volonté de continuité, avec des allusions belliqueuses au voisin états-unien, une rhétorique communiste classique et de nombreuses références historiques à une révolution qui fêtera ses soixante ans le premier janvier 2019.

En réalité, aucun détail ne semble avoir été négligé pour assurer quiconque en douterait que l’arrivée au pouvoir d’un dirigeant n’ayant pas pris part à la lutte armée des années 1950 n’allait pas signifier un changement de cap, voire la fin du « processus révolutionnaire ». Les médias officiels ont relayé à profusion cette volonté affichée de continuité. Le terme a été omniprésent dans les discours des responsables politiques, du président réélu de la nouvelle Assemblée nationale, Esteban Lazo, 74 ans (dont 54 dans les files du Parti communiste cubain), à la plus jeune des députés de la nouvelle Assemblée nationale, Leydimara Cardenas, 19 ans, qui affirme sans ambages : « Les jeunes, nous sommes la continuité de la révolution ». Des citoyens interviewés abondaient en ce sens, la plupart avec véhémence, mais d’aucuns plus nuancés. Ce fut notamment le cas de cette chirurgienne qui déclara : « Indépendamment du fait que l’on procède à des changements sur des choses qui fonctionnent plus ou moins bien, nous devons être confiants quant à la continuité de la révolution. » Continuer la lecture

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Nicaragua : D’où vient le régime de Daniel Ortega et de Rosario Murillo

CADTM (Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes) – 21 juillet – par Eric Toussaint

Juillet 1979 : Rassemblement populaire devant la cathédrale de Managua pour fêter la victoire révolutionnaire

La répression exercée par le régime à l’encontre de ceux et celles qui protestent dans la rue contre ses politiques néolibérales brutales constitue une des raisons qui amènent différents mouvements sociaux à la condamnation du régime du président Daniel Ortega et de la vice-présidente Rosario Murillo.

La gauche a de multiples raisons supplémentaires de dénoncer ce régime et la politique qu’il mène. Pour comprendre cela, il est nécessaire de résumer ce qui s’est passé depuis 1979.

Une authentique révolution en 1979

Le 19 juillet 1979, une authentique révolution populaire a triomphé au Nicaragua et a mis fin au régime de la dynastie dictatoriale des Somoza. Le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a joué un rôle fondamental dans la victoire grâce à son rôle dans la lutte armée, à ses initiatives politiques et à sa capacité à représenter les aspirations du peuple. Néanmoins, le FSLN n’aurait jamais pu vaincre la dictature sans la mobilisation extraordinaire d’une majorité du peuple nicaraguayen. Sans le courage et l’abnégation de ce peuple, la dictature somoziste, soutenue depuis des décennies par Washington, n’aurait pu être durablement vaincue. Le soutien de Cuba a également joué un rôle positif. Continuer la lecture

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