NICARAGUA : Encore enfant et déjà mère. (septembre 2012)

(IPS – Inter Press Service – www.ipsnoticias.net)

A treize ans, après un viol, Carla découvrit qu’elle était enceinte. Elle perdit tout à la fois : sa première année de l’école secondaire, sa famille, son copain et sa joie de vivre. Tout était arrivé en décembre 2006, quand sa mère se rendit compte de son état. Alors elle la frappa à coups de ceinture et la jeta à la rue, parce que, disait-elle, elle ne pouvait pas nourrir une bouche de plus.

Carla passa presque une année à mendier dans les rues de Managua avant d’être accueillie dans un centre pour filles-mères.
Le bébé de Carla mourut à la naissance à cause de problèmes respiratoires. Durant la grossesse, Carla avait d’abord trouvé refuge chez une ancienne voisine de la famille, mais celle-ci ne pouvant la nourrir,  Carla avait dû, pour survivre, vendre des friandises  et demander l’aumône aux arrêts de bus. Elle avait alors enduré toutes sortes de harcèlements de la part d’adultes qui lui offraient de l’argent, de la drogue ou de la nourriture contre des services sexuels.

De la Casa Alianza, l’institution qui l’avait d’abord accueillie, elle passa à 15 ans dans un établissement de formation où elle reçut des cours de cosmétologie et de beauté. C’est là qu’elle travaille actuellement comme promotrice volontaire dans le centre pour filles-mères qui lui sauva la vie en lui apprenant qu’elle avait des droits  humains.

Le  cas de cette jeune fille, maintenant âgée de 19 ans, illustre une réalité qui atteint des niveaux préoccupants au Nicaragua. Dans ce pays d’Amérique Centrale qui compte 5,8 millions d’habitants, le système sanitaire public a enregistré 1,3 millions d’accouchements entre 2000 et 2010.

De ce total, 367 095  naissances correspondaient  à des fillettes  et des adolescentes, dont
172 535 avaient moins de 14 ans, selon un rapport statistique du Ministère de la Santé. En fait, 13 % des bébés nés dans le pays ont une mère de moins de 14 ans.

Une étude du Centre Latino-américain et caribéen de Démographie, situait en 2007 le Nicaragua comme le pays du sous-continent ayant  le plus fort taux de fécondité adolescente. Pour les spécialistes, le phénomène de la grossesse fait partie du cycle de pauvreté dans lequel ont vécu ces filles et ces jeunes femmes.

« Ces filles enceintes reproduisent le cycle de la pauvreté parce qu’elles deviennent mères avant leur maturité biologique, c’est-à-dire que des mères au poids insuffisant et en état de malnutrition chronique mettent au monde des enfants de taille et de poids inférieurs à la norme ».

Par ailleurs, dans 47 % des cas, ces filles en état de grossesse perdent leur droit à l’éducation et ne terminent pas l’école primaire.

« Beaucoup sont obligées de chercher du travail dans des conditions désavantageuses, n’ayant aucune expérience professionnelle, d’autres sont jetées à la rue et beaucoup terminent victimes d’exploitation sexuelle. »

Une enquête réalisée en 2011 par l’association Quincho Barrilete à Managua, a révélé que 60 % des filles interrogées admettaient être sous pression et poussées à avoir des relations sexuelles avec des membres de leur famille, des copains de collège, des voisins et parfois même leurs parents.

Ce phénomène s’explique entre autres choses par un contexte social « qui voit la  grossesse comme quelque chose de normal » et « par un système juridique qui oblige les femmes à accoucher quel que soit le risque médical », explique une représentante d’organisation qui se consacre à la prévention et au traitement de toute forme de violence contre l’enfance et l’adolescence.

Depuis 2006 le Nicaragua est l’un des rares pays du monde qui punit de prison l’interruption volontaire de grossesse dans tous les cas, y compris quand la gestation est le produit d’un viol, d’un inceste, ou quand la vie de la mère est en péril.

« Le manque d’information sexuelle  scientifique et fiable dans les écoles et les familles, l’abus et le harcèlement sexuel, la pression sociale des cercles d’amitié des adolescentes, la pauvreté, la promiscuité, plus un système de justice permissif, influent sur les chiffres de maternité juvénile. »

Pour Lorna Norori, du MCAS ( Mouvement Contre l’Abus Sexuel), derrière  les chiffres se cachent des actes de violations sexuelles. Et environ 40 % des femmes victimes de ce type de violations n’ont pas accès à la justice.

Le Code Pénal du Nicaragua établit que toute relation sexuelle avec une personne de moins de 14 ans, même si elle y consent, est considéré comme délit de violation et puni de 12 à 15 ans d’emprisonnement.

La militante du MCAS accuse l’Etat du Nicaragua de complicité dans la politique publique puisque, même quand la loi est claire en matière de violations, l’Etat oblige les filles à donner naissance à l’enfant et ne leur pemet pas la décision d’un avortement.

( Les chiffres cités proviennent des registres de l’Institut de Médecine Légale et du Département de Contrôle du Commissariat de la Femme et de l’Enfance de la Polica Nationale ).

Ce contenu a été publié dans Les brèves, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *