PARAGUAY : Le gouvernement accélère l’autorisation de variétés transgéniques. (décembre 2012)

 (www.noticiasaliadas.org)

 Le Président de facto Federico Franco, – désigné par le Congrès après le coup d’Etat parlementaire qui destitua le Président Fernando Lugo en juin dernier -, a autorisé la libération commerciale de 5 variétés de maïs et 2 de cotons transgéniques, provoquant ainsi des réactions diverses dans la société.

Début juillet, le Service National de Qualité et Santé Végétale et des Semences, qui régule l’emploi de produits chimiques dans les cultures, a permis la culture de coton transgénique. Un mois plus tard, le Ministre de la Santé et du Bien-Etre Social a autorisé la consommation du maïs transgénique VT Triple Pro, produit par la multinationale Monsanto, dans l’alimentation humaine, en le considérant inoffensif pour la santé des personnes, et l’estocade finale fut donnée par le Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage du Paraguay, qui autorisa le 24 octobre l’utilisation commerciale de 4 autres variétés de maïs transgénique en réponse à un décret signé en septembre par Franco, qui flexibilise l’exigence d’études sur l’environnement avant d’autoriser l’usage commercial des OGM.

D’une part, la détermination gouvernementale est appuyée par les acteurs de l’agronégoce – principalement les grands producteurs de soja -, les médias favorables aux entreprises et les multinationales productrices de semences. De l’autre, les entités paysannes  et indigènes, des organisations politiques, syndicales, sociales, des ONG,  rejettent l’usage d’OGM dans les cultures parce qu’ils les considèrent nocifs pour la culture et en particulier  l’agriculture familiale, ainsi que pour la santé et l’environnements, jusqu’à ce que démonstration soit faite de leur innocuité.

L’autorisation des semences de coton transgénique  par le gouvernement coïncide avec  l’actuelle campagne agricole qui affirme que les semences transgéniques ne nuisent pas à la santé des gens ni à l’environnement, et que les paysans ne peuvent en retirer que des avantages.

 

La défense acharnée des OGM par  Franco  l’a même amené à contredire l’évêque au cours de son homélie : dans l’église de Villa Florida, département de Misiones, le 6 septembre dernier, l’évêque,  partisan de la Théologie de la Libération, mettait en garde les fidèles en mentionnant la nécessité de tenir compte des investigations scientifiques et des débats citoyens sur les transgéniques. Franco l’interrompit en disant que  » les transgéniques sont des semences  que Dieu et la science ont modifiées au bénéfice des producteurs, et  par ce moyen les agriculteurs utiliseront moins d’insecticides et auront de meilleures récoltes ».…

Les variétés de coton transgénique désormais cultivées au Paraguay sont le Bt (résistant aux chenilles) et le Bt RR (résistant aux chenilles et au glyphosate). En 2004 fut levée l’interdiction de cultiver le soja transgénique RR et actuellement 3 millions d’hectares (soit 7% du territoire paraguayen) sont cultivés avec cette variété. Le coton Bolgard I fut autorisé l’an dernier et la Commission Nationale de Biosécurité envisage d’autoriser en fin d’année le Soja RR2 de Monsanto, version améliorée de RR, qui offre un meilleur rendement et un contrôle des maladies plus large.

Le maïs NK 603 de Monsanto est le suivant sur la liste pour être autorisé sur le marché local. Cependant, les investigations de l’Université de Caen, en France, ont révélé récemment la haute toxicité du NK 603, qui a généré des tumeurs et autres inconvénients sur des rongeurs alimentés avec cette variété de maïs OGM.

Avec sa décision, le gouvernement paraguayen actuel se met en contradiction avec sa Constitution et avec le Pacte International des Droits Economiques, Sociaux et Culturels de l’ONU, qu’il a ratifié en 1992, et dans lequel il s’engageait à garantir à ses citoyens une vie digne, avec une alimentation et une habitation adéquates.

Cependant des voix s’élèvent. Selon le dirigeant de la Coordination Nationale Paysanne, « Les semences transgéniques aggravent la situation paysanne, la crise climatique et mettent en sérieux péril la vie et la biodiversité. »

Les producteurs de coton regroupés au sein de la Chambre Paraguayenne de Production Biologique et Agroécologique ont prix position contre l’autorisation de semences transgéniques.

Un communiqué des producteurs exprime que la controverse sur les OGM quant aux effets sur la santé et l’environnement est une réalité et maintient divisée la communauté scientifique internationale elle-même.  » La contamination se vérifie dans les différents secteurs déja établis dans le pays (soja, coton) et en autorisant le maïs, par le type de pollinisation de cette culture, les variétés locales se verront affectées de gênes indésirés. »

 De plus en plus les aliments transgéniques abondent sur le marché  sans qu’existent des normes de contrôle, des étiquetages mentionnant les produits contenant des OGM, et les grandes cultures sont arrosées de millions de litres d’agrotoxiques sans aucun contrôle de l’Etat.

Pendant ce temps, les multinationales, propriétaires des « paquets » technologiques, continuent de soutenir que ces produits sont inoffensifs et ne représentent aucun danger pour la santé.

Mais un rapport élaboré en septembre dernier par le Dr José Luis Insfrán, professeur responsable de la chaire de Sémiologie Médicale à l’Université Nationale de Asunción, intitulé « Les maladies hématologiques et les transgéniques » , révèle l’augmentation notoire, de mois en mois, des cas de leucémies et de lymphomes. Le texte assure que »à travers les histoires cliniques on peut vérifier et conclure que 90% des maladies hématologiques proviennent des zones où l’on cultive le soja en utilisant des produits agrochimiques ».

De son côté, l’allergologue paraguayen Joel Filártiga assure que « la consommation des OGM représente un risque lié aux allergies, et le transfert de la résistance aux antibiotiques en absorbant des OGM contenant des marqueurs génétiques pourvus de cette résistance. »

Outre les risques pour la santé de la population, un inconvénient certain de l’utilisation des OGM est la dépendance par rapport aux multinationales qui produisent ces semences, et la perte de la souveraineté alimentaire dans la production naturelle des semences.

Pendant que certaines organisations sociales et écologiques réalisent des manifestations pour promouvoir les aliments sains et les semences d’origine, la multinationale Monsanto, accompagnée du gouvernement actuel, organise des cours sur l’importance des semences transgéniques dans les zones rurales du Paraguay. Et le Ministre de l’Agriculture et de l’Elevage a informé que ses services ont prévu la production de semences de coton transgénique grâce à un accord entre l’Institut Paraguayen de Technologie Agropastorale et la Monsanto.

 

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Une réponse à PARAGUAY : Le gouvernement accélère l’autorisation de variétés transgéniques. (décembre 2012)

  1. Marcel Dawson dit :

    Dix ans après l’introduction du coton transgénique, les semences locales ont quasiment disparu. Le marché des semences transgéniques, installé à grand renfort de publicité, est estimé à 280 millions d’euros. Les semenciers promettent de commercialiser des variétés encore plus résistantes et moins consommatrices d’eau ou d’engrais. Les opposants, eux, appellent à un moratoire sur la culture du coton transgénique en Inde.

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