MEXIQUE – Migrants centro-américains en transit : scénarios de crise humanitaire.

 

(Guillermo Castillo Ramírez – Alterinfos – 11/09/17 – Trad. B. Fieux)

« Je ne suis pas parti par plaisir, j’ai été obligé de m’enfuir parce qu’on m’avait menacé et frappé plusieurs fois dans mon barrio. Ou bien je m’en allais ou bien ils allaient me tuer. Je suis parti un jour sans rien, j’ai laissé ma famille derrière moi. C’est comme ça que je suis arrivé à la frontière du Mexique, avec l’idée de m’en aller plus au nord. J’ai un cousin là-bas, de l’autre côté, aux Etats Unis. Il est parti il y a quelques années, il ne trouvait pas de travail et aussi les pluies avaient tout détruit. C’est pourquoi il s’est décidé et qu’il est parti aux Etats-Unis ».
(Migrant salvadorien, en mars 2016)

La migration dans le contexte de l’accumulation de la richesse et l’accroissement de la misère.

La dimension actuelle de la migration internationale est liée aux dynamiques globales du capitalisme néolibéral et de ses effets. D’année en année le nombre de migrants augmente dans le monde, de même que les registres de déplacements forcés. En 2016, l’ACNUR (Agence de l’ONU pour les Réfugiés) signalait qu’en 2015, le nombre de migrants dans le monde atteignait presque 250 millions.

Cette croissance accélérée d’êtres humains en mouvement et dans la précarité est dans une bonne mesure le résultat de l’expansion des processus d’accumulation du capital, ce qui est caractéristique des régimes néo-libéraux des pays du Nord. La désarticulation des systèmes d’internationalisation de production des pays en développement – comme le Mexique et les pays du triangle nord de l’Amérique Centrale: Guatemala, Honduras, El Salvador -, a fait que de grands secteurs de la population, devant le manque d’emploi et d’opportunités de développement socio-économique dans leurs lieux d’origine, émigreront vers les pays développés et s’inséreront dans les processus d’internationalisation du travail à travers des chaines productives transnationales, en réalisant divers travaux manuels.

Ainsi, les migrants sans papiers fonctionnent comme main-d’œuvre bon marché, juridiquement vulnérable et aisément exploitable, qui, en faisant baisser les coûts de production, génère une grande richesse et augmente les marges de profit des chefs d’entreprise et des corporations transnationales.

Cependant, un autre des axes pour comprendre l’augmentation de la migration internationale – en particulier les déplacements forcés – concerne les processus de dispute géopolitique, l’interventionnisme, les conflits de guerres et les contextes généralisés de violence. L’an dernier, l’ACNUR précisa que près de 66 millions de personnes étaient des déplacés forcés et parmi les exemples les plus drastiques il y avait le cas du conflit syrien, les réfugiés palestiniens, les déplacés irakiens, les Africains fuyant la pauvreté à travers la Méditerranée et les centro-américains en transit par le Mexique pour parvenir aux Etats-Unis. Processus de déplacements forcés qui impliquent chacun, des crises humanitaires de milliers de personnes.

Centroaméricains en transit par le Mexique.

En 2015 et selon les estimations de l’Unité de Politique Migratoire de la SEGOB (Secrétariat de Gouvernement), environ 300 mille centro-américains ont transité par le Mexique avec l’intention de parvenir aux Etats-Unis. Parmi ceux-ci, environ 200 mille se sont arrêtés et presque 140 mille ont été déportés. Cependant, ces calculs semblent conservateurs et réductionnistes face aux données de l’ACNUR pour 2016, qui soutient que depuis des années on estime à environ un demi -million la moyenne annuelle des personnes originaires du triangle nord d’Amérique Centrale sans documents migratoires et qui passent par notre pays. En lien avec l’augmentation du nombre de migrants, il y eut aussi une croissance dans les registres de migrants décédés et disparus. Selon les données du Missing Migrant Project, en 2016 il y eut 180 décès de migrants en Amérique Centrale et 402 à la frontière Mexique-Etats-Unis, ce qui représente une hausse nette par rapport aux 111 migrants morts en Amérique Centrale et 307 à la frontière Mexique-Etats-Unis de l’année 2014.

Dans des conditions de vulnérabilité et sans la garantie du respect de leurs droits humains, ces centro-américains ont été les tragiques protagonistes de deux des processus de violence et d’exclusion les plus coûteux de l’histoire récente du Mexique. D’une part, le massacre de San Fernando Tamaulipas survenu en 2010, dans lequel moururent des dizaines de migrants, cruellement assassinés par les mains du crime organisé, et où l’Etat mexicain fut incapable de garantir le respect et l’exercice du droit à la vie. D’autre part, en 2014, la crise des enfants et adolescents migrants non accompagnés à la frontière Mexique-Etats-Unis, où l’on ne permit pas non plus aux enfants et mineurs centro-américains l’exercice du droit à l’asile-refuge.

A cela il faudrait ajouter les crimes et la violence dirigée sur les centro-américains, qui s’est traduite par des agressions physiques et des mutilations, sans respect du droit à l’intégrité physique, les déplacements forcés et les contextes d’expulsion.

 

 

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