BOLIVIE – Potosi:des métaux précieux et 60% de pauvreté extrême.(09/2010)

(www.rebelion.org  –  www.agenciapulsar.org)

Récemment des troubles ont paralysé la région de Potosí. Les informations de nos médias retenaient surtout que le blocage des voies de communication et de l’aéroport empêchaient des touristes français de rentrer dans leur pays… et même si cette situation s’étendit sur plusieurs jours, nous n’eûmes, par la suite, guère d’explications sur les raisons des mécontentements de cette population dont l’objectif n’était pourtant pas de frustrer les touristes…

Potosí, au sud-ouest de la Bolivie, n’est pas un bastion de la droite comme la “ media luna ” de l’Est mais une région où le MAS – parti du Président  Evo Morales – gagnait avec 80 % des votes lors des dernières élections.  La population de Potosí n’est pas financée par l’impérialisme, ni par l’ONG nord-américaine USAID. Elle est plutôt victime des spoliations par les multinationales qui opèrent dans la région.Le département de Potosí est, pour la Bolivie, celui où l’espérance de vie est la plus faible, moins de 60 ans. Où la mortalité avant l’âge d’un an est – selon les sources – de 60 à 100 enfants sur mille nés vivants. L’absence d’emplois contraint les hommes à partir chercher du travail au Chili ou en Argentine. Le PIB per capita n’atteint pas  500 dollars par an, bien que la moyenne pour la Bolivie soit de 2000 dollars, et que l’Argentine par exemple dépasse les 9000 $.
Ces conditions d’extrême pauvreté, dans la région de Potosí, sont le résultat d’un pillage sans précédent, d’abord par  la colonisation, puis sous la République, et aujourd’hui par les multinationales qui réalisent des gains multimillionnaires grâce à l’extraction de métaux précieux (or, argent, zinc, plomb, étain, wolfram… et à présent le lithium, indispensable pour les téléphones portables, les ordinateurs et les voitures électriques.)
Le “ Cerro Rico ” ( montagne) argentifère de Potosí, principal pourvoyeur du précieux métal qui permit l’industrialisation de l’Europe aux 17ème et 18ème siècles, est maintenant en danger d’effondrement  du fait des dizaines de galeries qui traversent ses entrailles casi épuisées. “ Potosí a donné toute sa richesse en échange de rien ”.

Au nord du département de Potosi, dans la zone  limitrophe avec le département de Oruro, se trouve Coroma, région riche en pierre à chaux, matière première du ciment. Depuis longtemps les deux départements en convoitaient l’exploitation, et ce problème limitrophe fut le détonateur des revendications récentes. De plus, la promulgation de la Loi Cadre des Autonomies et de la Décentralisation, le 19 juillet, avait ouvert la porte à  la frustration des mouvements sociaux et encouragé les populations à exiger leurs droits. Les promesses du gouvernement apparaissaient comme de la rhétorique sans suite concrète.

Les habitants de Potosí  installent des barrages de routes, réalisent des marches, des grèves de la faim, les activités minières se paralysent. Au bout de deux semaines, les vivres se font rares dans la ville et les six tentatives de rencontres entre ministres d’Etat et dirigeants de la région échouent. Finalement le 16 août, après 3 jours de négociations à Sucre, les dirigeants du Comité Civique de Potosí  et autres autorités des départements parviennent à un accord de paix. Par le dialogue avec le gouvernement, ils obtiennent la promesse de construction d’un aéroport international dans la ville de Potosí, de deux fabriques de ciment et l’achèvement de la route vers la région voisine de Tarija (sud du pays).
De nouveaux accords devraient permettre la mise en marche  du complexe industriel de Karachipampa, récemment confié à une multinationale et toujours  inactif, ainsi que des mesures de conservation du légendaire Cerro Rico.La solution au problème limitrophe entre Oruro et Potosí devrait aussi permettre une co-habitation pacifique dans les activités agricoles et pastorales.
Cependant le département de Potosí se trouve isolé, les hôpitaux manquent de médicaments, les familles se désespèrent car l’alimentation est rare et chère, et les mobilisations de milliers de travailleurs, paysans, étudiants, enseignants, mineurs, sont fréquentes. Potosí est une région de forte présence indigène et pour ces secteurs, la “ révolution démocratique et culturelle ” promise par Evo et par le MAS depuis 5 années se fait bien attendre.

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