GUATEMALA – Les Mayas se battent pour la reconnaissance de leur art du tissage comme propriété collective…

(Bulletin « Presente » de l’association allemande « Christliche Initiative Romero » (CIR) de janvier 2017 – Trad.B.Fieux)

Le « pluralisme juridique » est actuellement un thème âprement discuté au Guatemala. La  justice indienne doit-elle être appliquée comme la constitution le préconise, et comme c’est déjà le cas en Colombie et en Equateur ? L’oligarchie créole du Guatemala, notamment les chefs d’entreprises et les magistrats, y sont opposés.

Les Mayas voudraient que leurs mécanismes de résolution des conflits soient enfin reconnus. Une modification de la Constitution serait une conquête importante.

C’est dans ce contexte que notre partenaire Angelina Aspuac a écrit cet article. Elle est Maya-Kaqchiquel et a créé un mouvement pour la sécurité de la propriété intellectuelle des vêtements Maya et du design qui s’y rattache. C’est une avancée face à la discrimination persistante des indigènes au Guatemala.

« A l’école on nous enseignait qu’avant la colonisation, nous,  les « Indios », n’avions pas de vêtements, ni même une âme. Avec la colonisation, nous avions été répartis en « Peuples Indiens », et on nous avait donné nos vêtements traditionnels. Là, une question se pose : Comment, auparavant, étions-nous protégés des intempéries du haut pays guatémaltèque ? N’avons-nous pas souffert du froid ? Naturellement ! Nous sommes tout de même des êtres humains.

« Nous n’étions pas sans ressources et nous avons créé beaucoup de choses, dont certaines mille ans avant Jésus Christ. De nombreuses études anthropologiques le prouvent, comme les pièces archéologiques: stèles, peintures murales, vases et bien d’autres choses qui montrent les vêtements de nos ancêtres et leurs motifs décoratifs. Ces symboles  se retrouvent aussi sur les vêtements que nous tissons actuellement. Ils sont nés de la philosophie et de la cosmovision de nos peuples.

« C’est ici qu’on retrouve notre histoire. Dans le jeu collectif des modèles, de leur géométrie et des couleurs, s’exprime la relation avec notre culture et avec la nature. C’est un art et une science de fabriquer nos vêtements. Seulement ce n’est pas reconnu comme art ni comme science, bien que jusqu’à présent, une grande partie des Mayas du Guatemala porte les vêtements traditionnels mayas. Chaque pièce de vêtement est une partie de la  propriété collective.

« Maintenir l’usage, continuer à fabriquer les vêtements dans leur design et les porter, est un processus historique et l’expression d’une résistance des peuples Mayas dans un pays ouvertement raciste. Le racisme conduit à la dépréciation de ce que nous avons réalisé. Les créations de nos peuples indigènes sont volées, fréquemment imitées et copiées à bas prix.

« Dans ce contexte nous, tisserands et tisserandes mayas, nous sommes regroupés en association pour défendre notre héritage artistique, le design de nos vêtements, et solliciter de l’Etat qu’il place sous protection la propriété intellectuelle collective de nos textiles mayas. Actuellement, au lieu de les prendre en considération, ils sont commercialisés, bradés,  et dépréciés.

« Nous, tisserandes, ne réclamons pas au profit d’une propriété individuelle,  nous ne sommes qu’une partie de la collectivité des Mayas. Nous demandons que le droit à la protection d’un bien artistique soit accordé pour la collectivité. Le huipil (blouse brodée pour les femmes) et tous les vêtements que nous portons, font partie des biens collectifs, quelle que soit notre ethnie. C’est pourquoi il est important pour nous de protéger cet héritage collectif.

Nous ne sommes pas associées…

« Nous nous demandons combien le Guatemala gagne annuellement avec le tourisme. Pour 2014 les autorités du tourisme (INGUAT) parlent de rentrée de devises de l’ordre de 762 millions de dollars US. INGUAT vante aussi la diversité ethnique du Guatemala. Nous, les tisserandes, ne recevons de ces ressources touristiques qu’à  peine une incitation à protéger notre art textile et à améliorer les conditions de vie de nos ethnies. Par contre, nous voyons des machines brevetées, avec lesquelles les motifs conçus par nos soins sont copiés dans une concurrence déloyale.

« En outre, nos modèles légèrement modifiés sont proposés sur le marché où ce que nous avons maintenu durant des générations se trouve abandonné sans protection. Nous sommes choquées de voir que l’on fait de la publicité avec des femmes mayas en huipil alors que ces mêmes femmes, portant les mêmes vêtements, sont traitées avec racisme dans notre pays.

« Nous ne sommes pas contre l’industrie textile, mais nous sommes opposées à la concurrence déloyale, parce qu’elle ne reconnait pas  les  personnes qui ont créé ces vêtements ni celles qui les portent. Et ce processus conduit à ce que de tierces personnes s’emparent de manière injustifiée de nos créations. Elles les bradent sur les marchés, font de nos vêtements une marchandise de masse, sans que les vrais acteurs y soient dûment associés. De cette manière de grandes firmes encaissent des sommes notables. Pourquoi en vient-on à ces inégalités ?

Pas seulement de jolies couleurs…

« Protection, sécurité et contrôle des œuvres créées par nos ethnies sont indispensables, afin qu’à l’avenir la motivation et l’utilisation de nos vêtements demeurent dans nos mains. Ici le cadre légal n’est qu’un aspect, bien que non négligeable.

« Le défi pour notre pays est d’élargir la prise de conscience en faveur de nos créations  afin qu’elles ne soient plus perçues seulement comme artisanat d’art ou accessoires, mais que leur dimension historique apparaisse au grand jour: nous nous sommes développés au cours de 500 ans de résistance. Les peuples mayas font preuve de leur sagesse. Les modèles de nos vêtements montrent bien plus que des teintes multicolores : ils témoignent que les Mayas sont vivants, ils parlent de leurs liens avec le cosmos et de leur amour profond pour la vie.

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Pour les droits des Mayas.

AFEDES, l’organisation coordonnée par Angelina Aspuac,  compte 650 femmes Maya, qui s’engagent pour la protection du style et de l’art de leur travail de tissage. Comme la loi guatémaltèque ne protège pas les biens collectifs ni l’artisanat d’art, elles ont déjà fait des manifestations dans la capitale Guatemala-City. Elle en organisera d’autres tant que leur héritage ne sera pas protégé.

Afin d’informer les femmes des autres régions du pays, elles organiseront avec les tisserandes des séminaires dans le Quiché, l’Alta Verapaz et le Baja Verapaz. Selon ces femmes :

« Les textiles sont des livres
que le pouvoir colonial
n’a pas pu faire brûler ! »

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